/ spiritualité

L’enseignement du Bouddha avec Philippe Cornu.

Mise au point sur ce qu’est réellement le bouddhisme originel, au-delà des traditions qui ont colorés cet enseignement au fil des siècles.

Je vous résume ici ,dans les grandes lignes, cette belle émission qui nous éclaire sur l’essentiel du message de Bouddha.

France Culture / Les racines du ciel : Une émission de Frédéric Lenoir et Leili Anvar, diffusée le 20/10/2013 et à réécouter ici dans son intégralité.

Intervenant: Philippe Cornu, professeur à l’Université catholique de Louvain et à l’INALCO, spécialiste du bouddhisme et de l’histoire des religions, et traducteur.


Les quatre vérités des nobles:

C’est le dogme minimal du bouddhisme qui va se décliner dans tous les différents courants et écoles :

  1. Tout est douleur, souffrance.
  2. La cause de cette souffrance est le désir-attachement.
  3. Possibilité de sortir du désir-attachement.
  4. Le noble sentier octuple, la voie qui mène à la libération.

La co-production conditionnée des phénomènes:

C’est LA marque de fabrique de l’enseignement du bouddha et ce qu’on appelle à tort l’« inter-dépendance ». Aucune autre spiritualité n’a parlé des choses de cette manière-là.

Dans le monde sensible il n’y a aucun phénomène qui ne soit composé par la réunion de multiples conditions. Et ce phénomène devient condition de nouveaux phénomènes, c’est l’aspect transitoire de l’existence. Les phénomènes se produisent par convergence de différentes conditions et eux-mêmes se détruisent en donnant naissance à de nouveaux phénomènes. C’est une sorte de réseau de naissance et destruction qui se fait d’instant en instant.

L’Anatman, concept bouddhique d’impersonnalité:

Le soi individuel n’est pas quelque chose d’unitaire mais un concours de circonstance transitoire qui constitue notre individualité. Tant que l’on se croit unitaire, nous créons une sorte de noyau solide qui va devenir le centre du monde pour nous et que l’on va essayer de solidifier : l’ego. Cela engendre des problèmes avec la relation au monde et aux autres (désir de posséder, …)

L’anatman est opposé à l’atman, qui est une croyance hindoue.

On ne peut pas spéculer sur les concepts, il faut les vivre. Un éveil est un inconditionné qui ne peut pas s’expliquer avec un langage conditionné. Il faut laisser la contemplation pour entrer dans une vraie démarche.

Extrait du Sutra du serpent:

« Celui qui sans plus se projeter résolument dans l’avenir ni ressasser le passé, s’est ainsi libéré de l’aversion pour un monde qu’il sait irréel, quitte le rivage de ce monde pareil au serpent qui abandonne sa vieille peau toute usée.

Celui qui sans plus se projeter résolument dans l’avenir ni ressasser le passé, s’est ainsi libéré de l’aveuglement pour un monde qu’il sait irréel, quitte le rivage de ce monde pareil au serpent qui abandonne sa vieille peau toute usée.

Celui chez qui il n’y a plus de tendance latente, qui a entièrement éradiqué les racines du mal, quitte le rivage de ce monde pareil au serpent qui abandonne sa vieille peau toute usée.

Celui que plus aucune inquiétude n’agite et qu’aucune cause ne saurait retenir sur cette rive, quitte le rivage de ce monde pareil au serpent qui abandonne sa vieille peau toute usée.

Celui chez qui la foule des passions qui conditionnait son attachement au devenir a déserté, quitte le rivage de ce monde pareil au serpent qui abandonne sa vieille peau toute usée.

Celui qui étant affranchi des cinq types d’empêchement, désir sensuel, malveillance, paresse turpide, agitation inquiète et doute – atteint le calme inébranlable, invulnérable et insensible au doute, et quitte ainsi le rivage de ce monde pareil au serpent qui en muant abandonne sa vieille peau toute usée. »

Méditer:

C’est retourner son regard vers son propre esprit et arrêter de projeter vers l’extérieur. C’est de ne pas rester dans le sujet-objet mais de se retourner pour voir que l’esprit lui-même n’a pas de substance. C’est là que l’on commence à découvrir une autre vision du monde et de soi-même. Il faut désamorcer les bombes que nous avons à l’intérieur.

Si on compare avec la méditation « laïque » de l’occident (pleine conscience): celle-ci est la première partie de la méditation qui consiste à calmer l’esprit par l’attention, la vigilance et trouver le moyen de rester au présent. La méditation bouddhiste va beaucoup plus loin que cela car elle mène à l’éveil, à la nature véritable de l’esprit, et non pas à un mieux-être ou un simple développement personnel.

Le bonheur:

Dans le bouddhisme c’est le bonheur d’avoir fait cesser toutes les causes de la souffrance c’est-à-dire d’avoir fait un travail radical sur notre esprit car c’est là que se trouvent tous les germes de la souffrance. C’est accéder à l’inconditionné et y demeurer. Où tout le conditionné va se libérer.

Le Nirvana: 

C’est la cessation de toute souffrance et de toutes ses causes. 

L’éveil:

C’est l’aspect de connaissance qui accompagne la libération qui amène au nirvana. Parallèlement il y a un éveil à la nature du phénomène, voir les choses telles qu’elles sont et non pas telles qu’elles nous apparaissent. C’est l’omniscience, la connaissance de toute chose.

La souffrance:

« La souffrance est ce qui fait que l’on se sent vivant » Comme le dit Nietzsche, à l’opposé du bouddhisme.

Attention, elle n’est pas une nécessité mais est utilitaire : c’est un élan ou un aiguillon qui permet de faire un pas vers l’inconditionné. La quête du Bouddha dès le départ est de constater la souffrance, comme une « erreur system », car l’existence n’est pas souffrance dans son essence mais on la rend souffrante parce qu’on est à côté de la plaque (par l’ego, l’attachement aux choses, …)

Le désir:

Est-ce que la cause de la souffrance, c’est le désir ? Il ne faut pas confondre les désirs. Il faut renoncer à certains types de désirs seulement : désir de posséder, de s’attacher à, … le désir-passion, le désir-attachement, le plaisir égotique centré sur soi-même et qui est au détriment d’autrui et des choses.

Le noble octuple chemin:

C’est le chemin pour arriver à la libération qui peut se résumer en 4 volets :

  1. La connaissance (sagesse) de la nature réelle des phénomènes, qui désamorce. C’est le travail sur soi.
  2. La discipline éthique, socle important mais négligé en occident.
  3. La méditation, la manière de regarder son esprit. On peut avoir une discipline éthique, mais si l’esprit bouillonne de colère à l’intérieur le travail ne sera que de surface.

Le Karma:

C’est toute action intentionnelle qui vise à perpétuer le sentiment de la croyance dans le soi. C’est tout acte qui est produit par l’ego. Le hasard n’existe pas, il y a toujours une causalité à tout ce qui nous arrive mais ce n’est pas du fatalisme car le karma peut être infléchi et on a les moyens de se libérer des dysfonctionnements. Le bouddhisme croit en la liberté humaine.

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